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Les guides E-TIPI LEARNING · N° 20

Strategic workforce planning (SWP) : définition, étapes et exemple chiffré

Combien de personnes, avec quelles compétences, dans trois ans ? Le SWP compare ce que l'entreprise aura en interne à ce dont elle aura besoin, puis décide comment combler l'écart : recruter, former, déplacer ou externaliser.

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Un client annonce qu’il double ses commandes dans deux ans. La direction demande aux RH si l’entreprise suivra. La réponse honnête, souvent, c’est : « on ne sait pas ». On connaît les effectifs. On connaît beaucoup moins les départs à venir, les compétences réelles, et le temps qu’il faut pour former quelqu’un au métier qui manque.

Le SWP sert à répondre à cette question avec des chiffres.

Qu’est-ce que le strategic workforce planning ?

Le strategic workforce planning, ou SWP, se traduit par planification des effectifs à long terme. C’est une méthode qui part de la stratégie de l’entreprise et la traduit en besoins de personnes, emploi par emploi, à un horizon de trois à cinq ans.

Elle répond à quatre questions :

  1. De qui aurons-nous besoin ? Combien de personnes, dans quels emplois, avec quelles compétences, où.
  2. Qui aurons-nous ? L’effectif actuel, moins les départs prévus, plus les mobilités déjà engagées.
  3. Quel est l’écart ? En nombre de personnes et en niveau de compétences.
  4. Comment le combler, et à quel coût ? Recruter, former, déplacer, externaliser.

Le SWP ne raisonne pas seulement en têtes. Deux équipes de 40 personnes peuvent avoir le même effectif et des capacités très différentes. C’est pour cela que la méthode s’appuie sur une cartographie des compétences, et pas seulement sur l’organigramme.

Quelle différence avec la GPEC, la GEPP et la planification opérationnelle ?

Trois démarches se croisent sous des noms voisins. Elles n’ont ni le même horizon ni le même statut.

Strategic workforce planning (SWP) GPEC / GEPP Planification opérationnelle des effectifs
Question De qui aurons-nous besoin dans 3 à 5 ans, et comment l’obtenir ? Comment anticiper l’évolution des emplois et accompagner les parcours ? Combien de personnes faut-il le mois prochain, sur quel créneau ?
Horizon 3 à 5 ans, revu chaque année 3 ans (durée habituelle des accords) Quelques semaines à 12 mois
Cadre Méthode de gestion, aucune obligation Négociation obligatoire à partir de 300 salariés (article L. 2242-20 du Code du travail) Aucun, sauf règles sur le temps de travail
Méthode Scénarios chiffrés, coûts, écarts par emploi Accord, dispositifs, dialogue social Prévision d’activité, plannings, remplacements
Qui tient le crayon RH, finance et directions métier RH et partenaires sociaux Managers et planificateurs
Résultat Un plan : recruter, former, déplacer, externaliser Un accord et des mesures pour les salariés Des plannings et des recours à l’intérim

La GPEC est le nom historique. Depuis les ordonnances de 2017, le Code du travail parle de GEPP. Le guide GPEC (GEPP) : définition et mise en œuvre détaille ce cadre, ses obligations et ses étapes. Nous ne le reprenons pas ici.

Ce qui sépare le SWP de la GEPP tient en deux mots : chiffres et scénarios. La GEPP organise la démarche et le dialogue social. Le SWP produit les nombres sur lesquels cette démarche s’appuie. Dans une entreprise de plus de 300 salariés, les deux se complètent : le SWP fournit le diagnostic, l’accord GEPP fixe les mesures pour les salariés.

La planification opérationnelle, elle, regarde le court terme. Elle répond à « avons-nous assez de monde pour le pic de décembre ? ». Elle ne dit rien du métier qui va manquer dans trois ans. Le HR Monitor 2025 de McKinsey, mené fin 2024 auprès de 1 925 entreprises en Europe et aux États-Unis, montre l’écart : 73 % pratiquent une planification opérationnelle des effectifs, mais aux États-Unis, seuls 12 % des responsables RH planifient sur trois ans ou plus.

Comment faire un strategic workforce planning en 6 étapes ?

1. Fixer l’horizon et la question

Commencez par la question que la direction se pose vraiment. « Pouvons-nous ouvrir deux sites en 2029 ? » « Que devient le service client quand l’IA traite la moitié des demandes ? » Une question précise vaut mieux qu’un plan de tous les emplois.

Choisissez ensuite l’horizon. Trois ans conviennent à la plupart des métiers : c’est le temps qu’il faut pour recruter, former ou reconvertir. Retenez enfin le périmètre : les emplois clés, ceux dont dépend la stratégie ou qui sont difficiles à pourvoir. Cinq à dix emplois suffisent pour un premier exercice.

2. Construire deux ou trois scénarios

Personne ne connaît l’avenir. Le SWP ne prédit pas, il prépare plusieurs futurs possibles. On en retient en général trois :

  • un scénario central, celui du budget et du plan à moyen terme ;
  • un scénario haut, par exemple une croissance plus forte ou une technologie adoptée plus vite ;
  • un scénario bas, par exemple un contrat perdu ou un projet repoussé.

Chaque scénario repose sur des hypothèses écrites : volumes d’activité, productivité, automatisation, ouvertures et fermetures de sites. Écrire ces hypothèses permet de refaire le calcul quand l’une d’elles change.

3. Mesurer l’offre interne, aujourd’hui et demain

L’offre interne, c’est ce que l’entreprise aura si elle ne fait rien de nouveau. Elle se calcule emploi par emploi :

  • l’effectif actuel ;
  • moins les départs prévisibles : retraites, fins de contrat, turnover habituel de l’emploi ;
  • plus ou moins les mobilités déjà décidées.

Ajoutez les compétences. Pour chaque emploi, regardez combien de personnes ont le niveau attendu et combien en sont loin. C’est le rôle de la matrice de compétences. Une compétence que deux personnes seulement maîtrisent, dont l’une part à la retraite, pèse plus lourd qu’un poste vacant.

4. Chiffrer les besoins futurs

Pour chaque scénario, traduisez les hypothèses en besoins par emploi. Un volume d’activité donne un nombre de personnes, à productivité connue. Un nouveau métier demande un nouveau référentiel : on décrit les compétences attendues avant même que le premier poste existe.

Faites valider ces besoins par les directions métier. Ce sont elles qui savent qu’une ligne automatisée demande trois pilotes par équipe, et pas deux.

5. Calculer les écarts

L’écart, c’est le besoin moins l’offre interne. Il peut être positif (il manquera des personnes) ou négatif (il y en aura trop sur cet emploi). On le calcule en nombre et en compétences.

Classez ensuite les écarts. Les plus urgents sont ceux qui sont grands, qui touchent un emploi long à former, et qui portent sur un métier où le recrutement est difficile. Pour juger de cette difficulté, l’enquête annuelle « Besoins en main-d’œuvre » de France Travail donne, métier par métier et par bassin d’emploi, la part des recrutements jugés difficiles.

6. Décider du plan d’action, puis le suivre

Pour chaque écart, cinq réponses sont possibles, souvent combinées :

Réponse Quand la choisir Ce qu’il faut prévoir
Former (upskilling) L’emploi évolue, les personnes restent Un parcours par compétence en écart, le temps de formation sur le temps de travail
Reconvertir (reskilling) Un emploi décroît, un autre manque, les compétences sont proches Un parcours long, du tutorat, une période où la personne n’est pas encore autonome
Déplacer (mobilité interne) Les compétences existent déjà ailleurs dans l’entreprise Des postes ouverts en interne d’abord, l’accord du manager d’origine
Recruter Le métier est nouveau, ou l’écart est trop grand pour être formé à temps Le délai et le coût de recrutement, l’intégration
Externaliser Le besoin est ponctuel, ou loin du métier principal de l’entreprise Le coût d’un prestataire, le risque de dépendance

Le plan fixe pour chaque emploi le mélange de ces réponses, un calendrier et un budget. Il se suit ensuite comme un budget : un point chaque trimestre sur les emplois clés, une mise à jour complète chaque année.

À quoi ressemble un strategic workforce planning ? Un exemple chiffré

L’exemple qui suit est fictif. Il sert à montrer le calcul, pas à donner des repères.

Une entreprise de logistique compte 800 salariés. Elle automatise deux de ses entrepôts d’ici trois ans. Question posée par la direction : quels emplois vont manquer, lesquels vont décroître, et comment s’y préparer ? Voici le scénario central, sur cinq emplois.

Emploi Effectif actuel Départs prévus sur 3 ans Offre interne à 3 ans Besoin à 3 ans Écart
Préparateur de commandes 320 60 260 200 60 en trop
Pilote de systèmes automatisés 10 1 9 45 36 manquants
Technicien de maintenance 40 12 28 50 22 manquants
Chef d’équipe 35 6 29 32 3 manquants
Analyste données supply chain 2 0 2 8 6 manquants

Le plan d’action qui en sort :

  • Pilotes de systèmes automatisés : 30 préparateurs volontaires suivent un parcours de reconversion de six mois. Les compétences de départ sont proches : connaissance des flux, sécurité, outils de scan. 6 pilotes sont recrutés pour encadrer la première vague.
  • Techniciens de maintenance : 10 préparateurs ayant une base technique suivent un parcours plus long, en alternance. 12 techniciens sont recrutés, car le métier est long à former et le premier entrepôt ouvre dans dix-huit mois.
  • Chefs d’équipe : 3 préparateurs expérimentés sont promus, avec un parcours de prise de poste.
  • Analystes : 2 personnes du contrôle de gestion rejoignent l’équipe par mobilité interne ; 3 analystes sont recrutés ; un prestataire couvre le besoin restant la première année.
  • Préparateurs : les 20 postes en trop restants sont absorbés par la fin du recours à l’intérim sur ce poste. Aucun départ contraint n’est nécessaire.

Le scénario haut, où l’automatisation touche un troisième entrepôt, porte le besoin de pilotes à 60. L’entreprise décide de lancer une deuxième vague de reconversion si ce scénario se confirme à mi-parcours. Sans le calcul, elle aurait recruté 36 pilotes à l’extérieur et cherché quoi faire de 60 préparateurs.

Quelles données faut-il pour un SWP ?

La plupart existent déjà. Le travail consiste à les rassembler sur les mêmes emplois.

  • Effectifs par emploi et par site, tirés du SIRH.
  • Pyramide des âges et départs à la retraite prévisibles.
  • Turnover par emploi, pas seulement global : un taux de 8 % en moyenne peut cacher 25 % sur un métier.
  • Compétences et niveaux réels, issus d’un référentiel de compétences et des positionnements.
  • Délais : temps de recrutement par emploi, temps de formation jusqu’à l’autonomie.
  • Coûts : masse salariale par emploi, coût d’un recrutement, coût d’un parcours de formation.
  • Hypothèses d’activité : volumes, projets, ouvertures de sites, fournies par la finance et les métiers.
  • Marché externe : tension sur les métiers visés, salaires du marché.

Les indicateurs RH suivis par la direction (turnover, mobilité interne, développement des compétences) alimentent directement le modèle.

Quel rôle joue la formation dans le strategic workforce planning ?

La formation est souvent la réponse la moins chère aux écarts, et la plus lente. C’est pour cela qu’elle se planifie tôt.

Un recrutement prend quelques mois. Une reconversion vers un métier technique peut prendre un an. Si le plan prévoit de former 30 personnes pour une ouverture dans dix-huit mois, la formation doit commencer bien avant. Le délai de formation est une donnée du SWP, au même titre que le délai de recrutement.

Le SWP oriente aussi le plan de formation. Les actions ne partent plus des demandes de chacun, mais des écarts calculés sur les emplois clés. On distingue alors deux types de parcours, détaillés dans le guide upskilling et reskilling :

  • l’upskilling, pour les personnes qui restent dans leur emploi pendant qu’il change ;
  • le reskilling, pour celles qui changent d’emploi, d’un métier qui décroît vers un métier qui manque.

Upskilling et reskilling dans le LMS E-TIPI LEARNING

La plateforme LMS E-TIPI LEARNING ne remplace pas le modèle de SWP, qui vit dans un tableur ou un outil de planification. Elle porte deux choses dont le modèle a besoin : l’état réel des compétences, et les parcours qui comblent les écarts.

  • Les référentiels se définissent par emploi, avec les compétences techniques et comportementales et leurs niveaux attendus. L’emploi cible, celui qui n’existe pas encore, se décrit de la même façon.
  • Les positionnements remplissent la matrice des compétences : évaluation du manager, résultats aux évaluations, ou demande de réévaluation du collaborateur. Les écarts se lisent par personne, par emploi, par service ou par entité. C’est l’offre interne, en compétences.
  • Chaque formation est reliée aux compétences et aux niveaux qu’elle fait gagner. Le parcours de chacun se construit à partir de ses écarts, en commençant par les plus grands. C’est le principe de l’adaptive learning.
  • Quand le niveau attendu change, les écarts se recalculent et les parcours suivent. Une hypothèse du SWP qui bouge se répercute sans refaire les parcours à la main.
  • Les sessions en présentiel et à distance se gèrent au même endroit, avec les coûts et le reporting : le budget formation du plan se suit dans le même outil.
  • Le Studio et son assistant IA, qu’on peut désactiver, aident à créer les modules et les quiz d’un nouveau métier, quand aucun contenu du marché ne correspond.

Les données des personnes viennent du SIRH. Les comptes se synchronisent par SCIM 2.0, et des connecteurs existent avec Lucca, Talentsoft, Oracle HR One, NeoBrain ou 365Talents. Avec Lucca, par exemple, l’organigramme et les relations managériales viennent de Lucca, et les formations suivies y remontent.

Quels outils pour planifier les effectifs à trois ans ?

Outil Ce qu’il apporte Sa limite
Tableur Rapide, souple, suffisant pour un premier exercice sur quelques emplois Les versions se multiplient, les données se recopient à la main
SIRH Effectifs, contrats, âges, départs, mobilités Peu ou pas de compétences, pas de scénarios
Logiciel de gestion des compétences ou LMS avec brique compétences Niveaux réels, écarts, parcours de formation reliés aux écarts Ne chiffre pas les besoins futurs à lui seul
Outil de planification des effectifs Scénarios, projections, coûts Dépend de la qualité des données qu’on lui donne

Le guide logiciel de gestion des compétences compare les solutions du marché, dont certaines proposent une prévision des effectifs. Le bon choix dépend moins de l’outil que d’une règle simple : tous doivent utiliser la même liste d’emplois.

Quelles erreurs éviter dans un strategic workforce planning ?

  • Vouloir tout modéliser. Cent emplois sur cinq ans, c’est un modèle que personne ne met à jour. Commencez par cinq emplois clés.
  • Compter en têtes, sans les compétences. Un effectif complet peut cacher un métier où personne n’a le niveau.
  • Oublier le délai de formation. Un plan qui prévoit de former 30 personnes pour dans six mois, sur un métier qui demande un an, est faux dès le départ.
  • Supposer que tout le monde se reconvertira. Une reconversion se fait avec des volontaires, et tous ne réussiront pas. Prévoyez une marge.
  • Faire un exercice RH seul. Sans la finance, le plan n’a pas de budget. Sans les métiers, les besoins sont faux.
  • Le faire une fois et le ranger. Un SWP vaut par sa mise à jour. Une hypothèse qui change et qu’on ne reporte pas rend tout le plan caduc.
  • Oublier le dialogue social. Le CSE est consulté chaque année sur les grandes orientations de l’entreprise et leurs effets sur l’emploi. Un plan qui touche des métiers entiers se prépare avec lui, pas dans son dos.

Par où commencer un strategic workforce planning ?

Prenez la grande question de l’année et les trois emplois qu’elle touche le plus. Rassemblez les effectifs, les départs prévus et les compétences de ces trois emplois. Faites le calcul de l’écart sur un scénario central. Ce premier tableau tient sur une page, et il suffit souvent à changer une décision de recrutement ou de formation.

Questions fréquentes

Le strategic workforce planning, est-ce la même chose que la GPEC ?

Les deux cherchent à anticiper les emplois et les compétences de demain. La GPEC, devenue GEPP en 2017, est un cadre français, avec une négociation obligatoire à partir de 300 salariés. Le SWP est une méthode de gestion, sans cadre légal, plus chiffrée et construite sur des scénarios. Un SWP bien tenu fournit l'essentiel du diagnostic d'un accord GEPP.

Sur quel horizon faire un strategic workforce planning ?

Trois ans est l'horizon le plus courant : assez loin pour former ou recruter, assez près pour rester crédible. Les métiers à très long cycle, comme le nucléaire ou l'aéronautique, regardent à cinq ans ou plus. En dessous de douze mois, on fait de la planification opérationnelle, pas du SWP.

Qui pilote le SWP dans l'entreprise ?

Les RH tiennent la méthode et les données sur les personnes. La direction financière apporte les coûts et les hypothèses d'activité, les directions métier les besoins par emploi. Sans ces trois parties autour de la table, le plan reste un exercice RH que personne ne finance.

Une PME peut-elle faire du strategic workforce planning ?

Oui, avec un tableur et une demi-journée par emploi clé. Une entreprise de 100 personnes n'a pas besoin de modéliser tous ses postes : elle commence par les trois ou quatre emplois dont dépend sa croissance, ou qu'elle a du mal à recruter.

À quelle fréquence mettre à jour le SWP ?

Le modèle complet se refait une fois par an, au moment du budget. Les écarts se revoient chaque trimestre sur les emplois critiques, et à chaque événement qui change une hypothèse : un contrat gagné, un site qui ferme, une technologie qui arrive plus vite que prévu.

Quel logiciel pour le strategic workforce planning ?

Un tableur suffit pour le modèle de départ. Ensuite, le SIRH fournit les effectifs et les départs, un logiciel de gestion des compétences ou un LMS avec une brique compétences donne les niveaux réels, et certains outils RH ajoutent la projection des effectifs. L'important est que ces outils partagent les mêmes emplois.

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